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Déclaration de la FSU au Comité Technique Académique

jeudi 30 janvier 2020

Le 28 janvier s’est tenu le CTA qui a traité des moyens pour la rentrée 2020, ainsi que des lignes directrices de gestion (cadre académique du mouvement...)


Déclaration des élu.es FSU représentant les personnels au CTA,
séance du mardi 28 janvier 2020

Madame la rectrice,

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui pour une séance du Comité Technique Académique hors norme.

Cette séance est hors-norme car elle est convoquée alors que se déroule dans le pays depuis huit semaines un mouvement social contre la réforme des retraites auquel l’opinion publique apporte majoritairement son soutien et auquel les personnels de l’éducation nationale participent avec force, détermination et ténacité.

Parce qu’elle écarte les fonctionnaires civils du Code des Pensions, cette réforme est une atteinte au statut du fonctionnaire d’État. La pension ne sera plus ni calculée sur la base des six derniers mois ni payée par le budget de l’État. Ce ne sera d’ailleurs plus une pension. La pension est un salaire continué conçu pour garantir aux fonctionnaires le maintien d’un niveau de vie digne après une carrière consacrée au service de l’intérêt général. Le régime universel, outre qu’il engendre un effondrement des pensions des fonctionnaires qui ont peu de primes, et les professeurs ne sont pas les seuls dans ce cas-là, banalise le service de l’État. Le régime universel, c’est une négation de la fonction, structurante de notre contrat social, que jouent les institutions de la République et les services publics. Ce n’est pas un hasard si ce sont les professions de l’État social, la main gauche de l’État, qui sont en pointe dans ce mouvement, enseignant-es et soignant-es en tête. Les personnels que nous représentons sont déterminés à obtenir le retrait de ce projet de loi. Des alternatives existent pour financer les retraites dans la durée.

Madame la rectrice, cette séance est hors-norme également car elle a pour objet d’entériner au niveau de notre académie les conséquences de la loi du 6 août 2019 dite « de transformation de la fonction publique ». A l’instar de la réforme des retraites qui dénature le lien entre le fonctionnaire retraité et l’État, cette loi dénature le lien entre le fonctionnaire actif et l’État. Parce qu’elle place le recours au contrat au même rang que le recrutement de titulaires, parce qu’elle facilite les restructurations et permet les abandons de missions, les délégations de service public, les externalisations, les privatisations, parce qu’elle encourage l’individualisation des rémunérations et des primes, parce qu’elle débride le pouvoir discrétionnaire du supérieur hiérarchique direct en matière de sanction, d’affectation, de promotion, de rémunération, cette loi, initiée par des acteurs économiques fanatiques de néo-libéralisme, rédigée par un exécutif ignorant du contrat social et de l’histoire de notre République, votée par une assemblée de godillots, est une forfaiture, un coup de force contre les Institutions de la République. C’est également un coup d’État contre la démocratie sociale puisqu’elle s’inscrit à rebours de la longue marche séculaire vers la démocratisation de notre Etat, dont le Conseil National de la Résistance, la constitution de 1946 et les lois Le Pors de 1983/84 sont les jalons glorieux. La démocratie n’est pas complète quand les contre-pouvoirs et les corps intermédiaires sont privés des outils qui leur permettent d’agir, quand le fonctionnement de l’appareil d’État et celui du monde du travail échappe à la délibération et à la confrontation des points de vue. Dans l’éducation plus encore, parce qu’il est en charge de l’émancipation de la jeunesse, le fonctionnaire est un fonctionnaire citoyen qui doit pouvoir jouir des attributs démocratiques du citoyen et avoir un droit regard sur le fonctionnement du service et sur les décisions de l’administration. Le dessaisissement des commissions paritaires de leurs compétences en termes de mobilité et de promotion est illégitime.

Madame la rectrice, cette séance est enfin hors-norme car elle ouvre la préparation de la rentrée scolaire 2020 sous l’égide d’un budget et de réformes qui continuent à dégrader le service public d’éducation, pour le plus grand profit des officines privés. La suppression de 26 postes dans le premier degré ne permettra pas de répondre aux annonces ministérielles (dédoublement des GS en Education prioritaire, limitation à 24 élèves de la GS hors Education prioritaire), ni aux 4 autres priorités que vous avez également retenues (remplacements, référents plan maths et langues, école inclusive, ruralité), ni aux besoins de l’École.
Suppression de 111 postes dans le second degré : la saignée se poursuit, quelles vont être les répercussions pour les élèves et pour les enseignants ? Le Snes-Fsu académique avait malheureusement raison quand il affirmait l’an passé que les réformes du lycée avait pour but principal des suppressions massives de postes. Nous annoncions les suppressions cumulées de 220 postes sur les rentrées 2019 et 2020, nous y sommes presque.

La dégradation du service public d’éducation continue également à cause de réformes qui désorganisent les établissements, les CIO et les services, qui déstructurent les parcours scolaires, qui démantèlent la cohérence des enseignements. La réforme du lycée est ainsi un carnage pédagogique pour nos élèves, du fait de programmes inatteignables, d’épreuves inadaptées, d’évaluations permanentes et de sélection accrue. Nous tenons d’ailleurs à souligner le mouvement de refus des E3C qui s’étend, car ces épreuves symbolisent à elles-seules l’impréparation, l’infaisabilité et le manque de pertinence pédagogique de cette réforme du lycée, du baccalauréat et de l’accès à l’université.

Pour la voie professionnelle, les personnels tentent de mettre en place une réforme dont ils ne trouvent pas le sens, les met en souffrance professionnelle, et qui va desservir les élèves.
Même si nous saluons la création de BTS, les suppressions de plusieurs formations de CAP pose la question de l’accueil des élèves les plus fragiles, notamment ceux issus de SEGPA. De même la suppression de 13 ETP en SEGPA , montre la volonté d’accélérer l’inclusion des élèves les plus fragiles en classe ordinaire , au mépris des difficultés que cela engendre dans les classes et pour les personnels.
Dans ce contexte il est également à déplorer le manque de créations de postes d’infirmier-es, de psychologues de l’Education nationale, alors que le nombre d’élèves ayant recours à ces personnels ne cesse d’augmenter. A cela s’ajoute la suppression de 7 postes administratifs.

Ces budgets étriqués successifs et ces réformes s’inscrivent dans un contexte d’épuisement professionnel, de lassitude et surtout de colère. Les raisons en sont connues : conditions de travail dégradées, locaux impropres à l’activité scolaire, manque de matériel, effets d’un management parfois agressif et souvent sot, manque de considération. Elles s’inscrivent dans un contexte d’écœurement face à la faiblesse chronique des rémunérations et aux discours médiatiques mensongers. Aussi, la profession n’est pas en accord avec une prétendue revalorisation, qui ne serait en fait qu’une compensation, aux effets lointains et liée à des contreparties sur le temps de service, les missions, le management et qui ne concernerait pas l’ensemble des personnels. D’ailleurs, la facétie des promesses du ministre Blanquer vient d’être révélée par le Conseil d’État ! La FSU relaie ici le souhait de tous nos collègues et exige le dégel immédiat du point d’indice, une revalorisation immédiate et sans condition des salaires de toutes et tous.
La FSU n’acceptera pas un sous-statut low cost pour les jeunes professeurs et autres personnels de l’E.N. exerçant des missions dans les écoles et les établissements (infirmiers-ières, psychologues, CPE, ...), car d’ores-et-déjà, les étudiant-es se détournent du professorat, ou des concours et il serait irresponsable de mettre en péril les recrutements futurs dont le service public d’éducation, la Nation, ont cruellement besoin.

Madame la rectrice, si la crise que nous traversons ne débouche pas sur des conquêtes sociales nouvelles, si le Ministre, le gouvernement, le président et sa majorité, s’entêtent dans une politique néo-libérale qui pulvérise le contrat social, alors il faut avoir conscience qu’il s’ensuivra une crise politique majeure dont personne ne peut prévoir les conséquences.

Il est temps d’arrêter ces apprentis sorciers et d’imposer par le rapport de force social des politiques publiques qui répondent aux besoins de la population. Nous y sommes déterminés. C’est d’ailleurs pour cela que demain, aura lieu une nouvelle journée nationale de grève et de manifestations interprofessionnelles et intergénérationnelles à laquelle appellent la FSU, FO, la CGT, Solidaires, la FIDL, la MNL, l’UNL et l’UNEF.

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